Jason Kenney, un premier ministre écorché par la pandémie

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5 mars 2021
Jason Kenney, un premier ministre écorché par la pandémie

Assahafa.com

Le premier anniversaire de la pandémie de COVID-19 marque la fin d’une année très difficile pour le premier ministre albertain, Jason Kenney, critiqué tant par ses partisans conservateurs que par ses opposants progressistes. Contrairement à ses homologues ontarien et québécois, Doug Ford et François Legault, il n’a pas su exploiter politiquement la crise sanitaire.

Pour la première fois depuis trois semaines, le vent est agréable le long de la route 21, à Mirror, au centre de la province. Les camionneurs sont nombreux à s’arrêter au Whistle Stop Café, un restaurant-station-service rempli de vestiges du chemin de fer qui a donné naissance à ce hameau.

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À l’intérieur, le propriétaire, Chris Scott, salue et discute avec tous les clients, qu’il connaît bien. Ils sont rares à porter un masque, bien qu’il soit obligatoire. Chris Scott s’est fait connaître en janvier pour avoir recommencé le service aux tables, en violation des restrictions mises en place par le gouvernement albertain.

Si, comme gouvernement vous ne pouvez pas me dire quand vous allez cesser de violer mes droits et ceux d’autres entrepreneurs, je ne vais pas suivre vos règles, s’est dit Chris Scott.

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Il fait maintenant face à des accusations en lien avec ces infractions.

S’il juge que la première vague de la pandémie a été relativement bien gérée en Alberta, il est toujours en colère contre Jason Kenney depuis qu’il a imposé des restrictions plus sévères, en décembre, pour contenir la deuxième vague.

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C’est le manque de clarté et de prévisibilité qui a eu raison de sa patience, affirme-t-il. Son entreprise, comme d’autres, risquait de fermer s’il ne rouvrait pas le service aux tables. Or, il affirme que les autres entrepreneurs et lui n’ont jamais été écoutés par le gouvernement Kenney.

Je crois que la deuxième vague a été terriblement mal gérée. Ça a fait beaucoup plus de tort à l’Alberta que si nous n’avions pas mis ces restrictions en place, croit-il.

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Pour Chris Scott, l’affaire est d’ailleurs personnelle. Le militant conservateur affirme avoir investi beaucoup d’argent et d’heures comme bénévole pour faire élire le Parti conservateur uni, en 2019.

Une popularité en chute libre

La chute de Jason Kenney dans les sondages est extraordinaire, selon Jean-Marc Léger, le président de la firme de sondage Léger. La première vague de COVID-19, bien maîtrisée en Alberta, de l’avis de plusieurs, a bénéficié au premier ministre.

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Sa chute a toutefois été vertigineuse à partir de l’automne, après qu’il eut tardé à imposer de nouvelles restrictions pour contenir une deuxième vague qui semblait, à un moment, ingérable.

D’un taux de satisfaction d’environ 50 % au début de la pandémie, Jason Kenney a dégringolé à 26 % en février 2021. Depuis, le premier ministre semble faire une remontée, selon le dernier sondage Léger. En février, il y a eu une baisse importante des cas de COVID-19, et l’Alberta a commencé à lever certaines restrictions.

À l’inverse, le premier ministre québécois, François Legault, surfe sur une vague de popularité de plus de 70 % depuis plus d’un an, du jamais vu, selon Jean-Marc Léger.

Son homologue ontarien, Doug Ford, a lui aussi connu une forte hausse de popularité, avant de redescendre autour de 51 % cet hiver, une trajectoire normale, selon le sondeur.

Il a écouté davantage. Il a des politiques centristes. Il est beaucoup moins vindicatif et d’extrême droite qu’il ne l’était avant et que ne l’était son frère [l’ancien maire de Toronto, Rob Ford], explique Jean-Marc Léger.

Ce dernier croit que Jason Kenney a été trop réactif durant l’année 2020 et qu’il a semblé trop préoccupé par les intérêts de sa base conservatrice.

Ce que les Albertains cherchent, ce n’est pas un chef de parti de droite. C’est un premier ministre pour tous les Albertains. C’est le défi de Jason Kenney de sortir du cocon de la droite pour être capable de satisfaire la majorité albertaine, ajoute-t-il.

Jason Kenney a perdu la confiance des Albertains, selon le NPD

Selon Jean-Marc Léger, Jason Kenney est moins populaire que Doug Ford et François Legault, car il fait face à la forte opposition du Nouveau Parti démocratique (NPD), beaucoup plus vigoureuse que les oppositions ontarienne et québécoise.

Sa chef, Rachel Notley, a une grande crédibilité, puisqu’elle a elle-même été première ministre juste avant Jason Kenney, note-t-il.

Rachel Notley, elle, croit que Jason Kenney et son gouvernement ont perdu la confiance des Albertains au cours de l’année.

Si elle avait été à la place de Jason Kenney, Rachel Notley aurait embauché davantage de traceurs de contacts plus tôt et aurait imposé des restrictions plus sévères dès novembre, lorsque la deuxième vague frappait la province de plein fouet.

Elle aurait aussi souhaité que le gouvernement conservateur uni protège mieux les travailleurs de première ligne et offre plus de soutien financier aux entreprises albertaines.

Selon elle, cela aurait permis une meilleure collaboration avec les Albertains plus réfractaires aux mesures de santé publique pour des raisons économiques, comme Chris Scott.

Aux yeux du propriétaire du Whistle Stop Café, Chris Scott, le mal est fait, mais Jason Kenney a encore une chance de se racheter.

Ça en prendrait beaucoup. Il faudrait qu’il y ait un changement de politique, mais aussi des excuses envers tous les députés qui ont osé s’opposer aux restrictions, affirme-t-il, après un moment de réflexion.

Et des excuses envers moi et tous les entrepreneurs qui ont dit : ‘’Ça suffit comme ça!’’, conclut-il.

Source: Radio-Canada

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