Préposés aux bénéficiaires : Québec veut de plus hauts salaires au privé

29 mai 2020
Préposés aux bénéficiaires : Québec veut de plus hauts salaires au privé
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Le premier ministre du Québec, François Legault, envisage de rehausser les salaires des préposés aux bénéficiaires (PAB) travaillant dans le secteur privé, afin d’éviter un « exode » du personnel vers le réseau public, où Québec veut offrir de meilleures conditions salariales et pourvoir les 10 000 postes qui y sont vacants.

Lors de son point de presse quotidien, jeudi, M. Legault a précisé qu’une campagne de publicité serait lancée dès la semaine prochaine pour tenter d’attirer les 10 000 personnes dont le gouvernement dit avoir besoin pour s’assurer de disposer de suffisamment de PAB dans ses CHSLD.

La démarche, annoncée mercredi, vise à remplacer les militaires envoyés en renfort dans 25 CHSLD québécois, ainsi que les milliers de personnes qui se sont portées volontaires pour prêter temporairement main-forte dans les centres de soins de longue durée.

La volonté d’offrir une formation de 300 heures à un taux horaire de 21 $, de la mi-juin à la mi-septembre, ainsi qu’un poste à 26 $ l’heure à ces futurs diplômés par la suite, fait craindre le départ d’employés du réseau privé, où les salaires sont largement inférieurs.

À cela, le premier ministre rétorque que le secteur privé devra s’adapter, possiblement avec un coup de pouce du gouvernement.

M. Legault a ainsi souligné qu’une éventuelle aide financière était présentement à l’étude pour les milieux privés. La prime de 4 $ de l’heure offerte aux PAB en milieu privé est également là pour encore un moment, a-t-il précisé.

Et qu’en est-il des autres professions nécessitant davantage de qualifications que celle de PAB, et dont le salaire est inférieur aux 26 $ de l’heure promis?

Les salaires seront au moins équivalents, a promis le premier ministre.

Craignant une vague de départs, l’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec (ARIHQ), dont les services s’adressent notamment aux personnes disposant toujours d’une certaine autonomie, demande instamment au gouvernement de délier les cordons de la bourse et d’augmenter le financement de son réseau, dont le budget provient des coffres de l’État.

Réagissant par voie de communiqué, l’ARIHQ évoque un exode de préposés qui pourrait laisser à l’abandon les 16 000 personnes vulnérables hébergées dans des ressources intermédiaires au Québec. L’Association demande donc au gouvernement de rehausser les salaires de ses propres employés, qui gagnent 14 $ de l’heure.

En conférence de presse, jeudi matin, la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, a expliqué que cette nouvelle démarche de recrutement à grande échelle devrait notamment permettre d’offrir de la prévisibilité aux employés qui ont eux aussi droit à une vie normale.

Questionnée pour savoir si les salaires plus élevés des préposés aux bénéficiaires dans le réseau public n’allaient pas provoquer un exode des employés du privé, Mme Blais a soutenu que des discussions étaient en cours entre Québec, les différents regroupements et associations de CHSLD privés et résidences privées pour aînés et la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, pour trouver une solution.

On ne peut pas déshabiller Paul pour habiller Ginette, a-t-elle ajouté.

La ministre soutient également qu’il est faux de prétendre que trouver 10 000 candidats en peu de temps est illusoire : Premièrement, on va offrir des postes permanents; par la suite, on va travailler sur l’organisation du travail, il y aura un bon salaire pour les préposés aux bénéficiaires; il y a des gens qui ont perdu leur travail durant la pandémie [et qui pourraient décider de devenir préposés]. Je pense qu’il y a des gens qui se sont conscientisés à l’importance de prendre soin des plus vulnérables dans la société.

On va s’assurer que la qualité des soins sera la même, a poursuivi Mme Blais.

Recruter, oui, mais surtout revoir le système

Pour le gériatre Réjean Hébert, la proposition de Québec en matière de recrutement est bonne, mais il faut qu’elle s’accompagne d’actions visant à arrêter le minutage des interventions chez les préposés; il faut également ajouter du personnel infirmier pour être capable d’encadrer ces préposés.

De passage à l’émission 24/60, mercredi soir, sur les ondes de RDI, l’ancien ministre péquiste de la Santé a souligné l’importance de rétablir une équipe médicale dans les CHSLD.

Vous savez, sous l’ère [de l’ex-ministre libéral de la santé Gaétan] Barrette, on a ramené les médecins dans leurs cabinets, et plusieurs médecins pratiquant en CHSLD sont revenus en cabinet. Et donc, il faut retrouver cette équipe médicale et ces compétences infirmières qui permettent d’avoir des plans de soins appropriés pour les patients, ainsi que pour s’assurer de la prévention des infections.

Le réseau des CHSLD est le laissé-pour-compte de la santé, a soutenu M. Hébert. On a tout mis dans l’hôpital, a-t-il déclaré.

En ce sens, le point de vue du Dr Réjean Hébert rejoint celui de David Levine, ex-PDG de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal.

En entrevue à l’émission Midi info, sur les ondes d’ICI Première, M. Levine a affirmé que lors de son mandat à l’Agence, soit de 2002 à 2012, quelque 10 milliards de dollars ont été investis dans les hôpitaux, pendant que les CHSLD ne recevaient que le strict nécessaire pour réparer des fuites dans les toits.

Source: Radio Canada

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