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Le discours sur un « foyer du Golfe uni et solidaire » n’est plus qu’un slogan usé, démenti par l’accumulation des faits et la montée des tensions entre des capitales censées être alliées. Avec la fin de ce que l’on peut qualifier de « lune de miel du Golfe », des divergences profondes refont surface, impossibles désormais à dissimuler ou à masquer par un vernis diplomatique.
La première de ces fractures se manifeste par l’escalade des différends entre Riyad et Abou Dhabi, piliers de l’axe économique et politique de la région. Les désaccords ne se limitent plus à de simples divergences de points de vue ; ils touchent désormais des dossiers sensibles liés à l’influence régionale, aux politiques économiques et à la redéfinition des rapports de force au sein du Golfe.
Le silence des communiqués officiels ne saurait occulter une réalité évidente : le niveau de confiance s’est érodé et la concurrence prend le pas sur la coordination.
Dans le même temps, une tension inédite apparaît entre le Koweït et l’Arabie saoudite, une évolution d’autant plus préoccupante qu’elle concerne deux pays liés par une relation historique particulière. Le retour de différends liés à des dossiers frontaliers et économiques soulève une question fondamentale : les mécanismes du Conseil de coopération du Golfe sont-ils encore capables de contenir les crises, ou se sont-ils vidés de leur substance, réduits à de simples structures formelles sans impact réel ?
Sur le front médiatique, l’inquiétude s’accentue face à la recrudescence des tensions entre Doha et Manama. Les campagnes médiatiques croisées ravivent un climat de méfiance et instaurent une rupture feutrée mais dangereuse. Les médias, censés servir de passerelles de rapprochement, se transforment une fois de plus en arènes de règlements de comptes politiques, révélant la profondeur des divergences plus qu’ils ne les créent.
Ce qui inquiète aujourd’hui dans le paysage du Golfe, ce n’est pas seulement la multiplication des foyers de tension, mais surtout l’absence d’une volonté collective de s’attaquer aux causes réelles des crises. Au lieu de la transparence et de l’autocritique, on privilégie des accalmies temporaires, dans l’attente d’une nouvelle explosion potentiellement plus violente.
La poursuite de cette trajectoire menace d’éroder ce qui reste de confiance au sein du système du Golfe et ouvre la voie à des ingérences extérieures longtemps à l’affût du moment de la division. Les capitales du Golfe mesurent-elles réellement le danger de jouer au bord du précipice ?
Ou la fin de la « lune de miel » n’est-elle que le prélude à une phase plus instable et plus conflictuelle ?














