CAN 2025 : la réussite marocaine met en lumière le retard algérien

17 janvier 2026
CAN 2025 : la réussite marocaine met en lumière le retard algérien

Assahafa.com

Le Maroc transforme la CAN 2025 en vitrine d’une puissance émergente. Un camouflet pour son voisin algérien, alors que Rabat s’impose comme le nouveau moteur industriel et diplomatique du continent, souligne l’essayiste Gabriel Robin.

La Coupe d’Afrique des Nations (CAN) a, comme souvent, déchaîné les passions en France. Du fait des nombreuses diasporas immigrées africaines dans l’Hexagone, cette compétition redoutée des clubs professionnels de Ligue 1 qui doivent mettre à disposition une part substantielle de leurs effectifs en pleine saison a une saveur particulière. Il faut d’ailleurs souligner que 107 joueurs nés et formés en France, sur les 658 qui ont participé au tournoi, sont nés et ont été formés pour l’essentiel dans les clubs français. Un chiffre colossal.

Cette édition 2025 aura aussi retenu l’attention pour son pays hôte, le Maroc. Un pays proche de la France qui s’affirme désormais comme la nation phare du football du continent africain, fournissant des stars aux principaux clubs européens après s’être illustré en atteignant – une première pour l’Afrique – le stade des demi-finales lors de la dernière Coupe du monde. Les Marocains avaient d’ailleurs éliminé en huitièmes puis en quart l’Espagne et le Portugal, qui co-organiseront la Coupe du monde 2030 à ses côtés. Pour les Algériens, défaits cette année en quarts de finale de la CAN sans avoir réussi un tir cadré contre le Nigeria, la comparaison est cruelle.

Le sport comme instrument d’influence et de diplomatie

Roi des sports, le football est un levier d’image d’une importance capitale au XXIe siècle. Milliardaires et nations l’ont bien compris. Ce n’est pas uniquement par passion du jeu que le Qatar a investi dans le Paris Saint-Germain et organisé la Coupe du Monde 2022. Donald Trump lui-même se réjouit que les États-Unis accueillent la compétition phare l’été prochain, après avoir reçu le Mondial des clubs à l’été 2025. Mais les bénéfices qu’une nation peut retirer de l’organisation d’une compétition sont conditionnés à sa réussite. La France le sait bien après une organisation olympique particulièrement réussie. Le pays hôte est attendu au tournant et doit faire la preuve de ses capacités.

Organiser des grands évènements n’est donc pas donné à tous les pays. C’est, par nature, un défi massif : logistique, mobilité, hébergement, coordination interministérielle, sûreté, gestion de flux, maintien d’un haut niveau de service, chaque jour, sur plusieurs sites. À ce jour, tout le monde semble s’accorder pour dire que l’organisation est exemplaire. Au point que certains touristes sont surpris par des transports, des stades et des fan zones dignes de ce que l’on trouve en Europe.

Plus emblématique encore : l’hospitalité au-dessus des tensions et par-delà les différences, au moment où le Royaume frise la barre des vingt millions de touristes, son record historique absolu. La CAN a permis notamment d’accueillir l’équipe d’Algérie et des dizaines de milliers de supporters algériens dans des conditions optimales, dans un contexte diplomatique pourtant particulièrement dégradé entre les deux pays depuis la rupture unilatérale des relations diplomatiques par Alger en 2021. Le contraire eut-il été possible ? On peut en douter.

Les nouveaux attributs de la puissance

Au fond, la CAN 2025 a mis en lumière une réalité plus large : dans un monde de concurrence entre puissances moyennes, la crédibilité institutionnelle et la capacité d’organisation sont devenues des attributs de puissance. Et cette crédibilité ne se proclame pas ; elle se prouve. Cette capacité d’exécution n’est pas sortie de nulle part. Elle s’inscrit dans une trajectoire économique et industrielle visible : en 2024, les exportations automobiles marocaines ont atteint un record de 157 milliards de dirhams (environ 15 milliards d’euros), dépassant le secteur historique des phosphates. En 2025, le Maroc produisait environ 700 000 véhicules par an et dépassait l’Afrique du Sud comme premier exportateur automobile du continent.

À cette dynamique s’ajoute une projection africaine souvent mal comprise en Europe : selon l’IFC (Groupe Banque mondiale), les investissements directs marocains en Afrique ont dépassé 800 millions de dollars en 2021, positionnant le Maroc parmi les principaux investisseurs intra-africains, notamment en Afrique de l’Ouest. On peut débattre des failles internes du Royaume – et il faut le faire.

Mais si les interrogations sont légitimes, elles sont au fond de peu d’importance face aux réalités du moment. La France et d’autres ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, sachant s’appuyer sur ce partenaire ambitieux qui préfère renvoyer une image moderne plutôt que celle de l’hostilité. Les destins croisés de l’Algérie et du Maroc montrent bien que la coopération vaut mieux que la conflictualité. Puisse Alger finir par en prendre conscience.

Source: Le Journal du Dimanche

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