L’ancienne dirigeante de Trans Mountain à la tête du Bureau des grands projets

30 août 2025
L’ancienne dirigeante de Trans Mountain à la tête du Bureau des grands projets

Assahafa.com

Dawn Farrell, l’ancienne présidente-directrice générale de Trans Mountain, va diriger le nouveau Bureau des grands projets (BGP) du gouvernement fédéral, a annoncé le premier ministre Mark Carney dans un communiqué, confirmant une information d’abord rapportée par Radio-Canada.

Ce bureau, dont le siège social sera basé à Calgary, aura pour but d’accélérer la réalisation de projets d’infrastructures considérés comme étant d’intérêt national, comme, par exemple, des mines, des oléoducs, des installations nucléaires et des ports, entre autres.

Le BGP, créé dans le cadre de la loi C-5, devrait relever du ministre Dominic LeBlanc, président du Conseil privé et ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis, des Affaires intergouvernementales et de l’Unité de l’économie canadienne.

Son mandat consiste à servir de point de contact unique afin d’accélérer la réalisation des projets d’intérêt national, indique le communiqué de M. Carney. Il s’acquittera de ce mandat de deux grandes manières. Premièrement, il contribuera à simplifier et à accélérer les processus d’approbation réglementaire. Deuxièmement, il aidera à structurer et à coordonner le financement de ces projets selon les besoins.

Selon la biographie de Mme Farrell, cette dernière est actuellement à la tête du conseil d’administration de Trans Mountain, la société d’exploitation de pipelines de pétrole dans l’Ouest canadien.

Dans un communiqué soulignant son départ comme PDG de Trans Mountain en juillet 2024, l’entreprise a fait valoir son grand succès et sa connaissance approfondie du paysage énergétique canadien, acquise au cours de plus de 40 ans d’activité dans l’industrie.

Pendant le mandat de Mme Farrell, Trans Mountain a achevé l’expansion de son pipeline, d’une valeur de 34 milliards de dollars. Cet agrandissement a augmenté la capacité de transport du réseau de Trans Mountain de 300 000 à 890 000 barils par jour.

Mme Farrell a également été PDG de TransAlta, l’un des plus grands producteurs d’énergie éolienne au Canada.

Sa vaste expérience à titre de cadre, son expertise approfondie dans la mise en œuvre de grands projets et sa compréhension étendue des processus réglementaires et des relations avec l’industrie seront essentielles à l’efficacité du Bureau des grands projets.

Une citation deExtrait d’un communiqué de Mark Carney, premier ministre du Canada

Le gouvernement et le premier ministre cherchaient quelqu’un qui avait l’expérience dans la réalisation de grands projets complexes, impliquant plusieurs provinces, et capable de naviguer dans un environnement réglementaire, a affirmé à Radio-Canada une source au fait du dossier, avant l’annonce officielle.

Trans Mountain lui a donné l’expérience dans un projet complexe, a ajouté cette source.

À la question de savoir si sa nomination à la tête du Bureau des grands projets du gouvernement fédéral pourrait susciter des réactions négatives au Québec ou dans l’est du pays, la même source affirme : C’est possible que des gens disent : « Vous voyez, le gouvernement n’a que des projets énergétiques ». Mais la liste de projets va beaucoup plus loin que ça.

Cette nomination envoie surtout un message fort dans l’Ouest.

Une autre source au fait du dossier affirme également que le choix de Mme Farrell illustre la volonté de Mark Carney de rétablir des liens entre Ottawa et l’Alberta, et l’Ouest du Canada de manière plus générale.

La première ministre albertaine, Danielle Smith, entretient, par ailleurs, de bonnes relations avec Mme Farrell. Lors d’un point de presse, vendredi, elle a affirmé avoir un immense respect pour la nouvelle dirigeante du BGP. Elle s’est également réjouie du fait que le siège social du bureau sera établi à Calgary, où sont basées plusieurs entreprises qui souhaitent construire des oléoducs.

Le Bureau des grands projets devrait également être doté d’un conseil consultatif autochtone, indique enfin le bureau de Mark Carney. Les membres du conseil seront connus le mois prochain, mais ce seront des représentants des Premières Nations, des Inuit, des Métis et des partenaires autonomes et signataires de traités modernes.

La liste de la première série de projets dits « d’intérêt national » qui seront examinés par ce bureau n’a pas encore été révélée, mais le gouvernement fédéral promet de le faire au cours des prochaines semaines.

La loi C-5, connue sous le nom de nouvelle Loi sur l’unité de l’économie canadienne, qui a été adoptée sous le bâillon en juin dernier, a été vivement critiquée par des groupes environnementaux et par des leaders autochtones parce qu’elle permet notamment de passer outre certaines lois pour mettre en branle des projets jugés d’intérêt national par le Cabinet du premier ministre.

L’opposition réagit

Du côté de l’opposition, le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre, a critiqué Mark Carney pour avoir mis cinq mois avant d’annoncer la création du Bureau des grands projets. Ça a pris moins de temps pour l’Allemagne de bâtir une usine d’importation de gaz naturel que M. Carney pour ouvrir un bureau, a-t-il dit.

M. Poilievre a, par ailleurs, réitéré son appel au gouvernement libéral d’abroger la loi C-69, qui réorganise le processus fédéral d’évaluation environnementale pour les grands projets de construction, afin d’accélérer la construction de projets pétroliers et gaziers au Canada.

Pour sa part, le Bloc québécois s’est insurgé contre le choix de Mme Farrell comme dirigeante du Bureau des grands projets. C’est très clair que les pétrolières se frottent les mains, d’autant plus qu’elle a été celle qui a finalisé un des pires projets, le projet de pipeline Trans Mountain, a déclaré à Radio-Canada Patrick Bonin, porte-parole en matière d’environnement et de changements climatiques au Bloc.

Le message que ça envoie, c’est davantage de pipelines, davantage de pétrole et de gaz, alors que c’est le contraire qu’il faut faire. Il faut miser sur l’économie de l’avenir, les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique. […] C’est le pire message que le Québec pouvait recevoir.

Une citation dePatrick Bonin, député du Bloc québécois

Des projets pour « tirer le Canada vers le haut »

Même indignation du côté d’Anne-Céline Guyon, analyste climat-énergie chez Nature Québec, qui accuse le gouvernement libéral de céder au chantage des provinces productrices de pétrole et de gazOr, je rappellerai quand même au gouvernement de M. Carney que c’est loin d’être ces provinces-là qui l’ont porté au pouvoir, ajoute-t-elle.

Mme Guyon en profite pour dénoncer les coûts du projet d’expansion du pipeline Trans Mountain, dont Mme Farrell était en charge, rappelant que la facture a grimpé de 7,4 milliards à 34,2 milliards de dollars, en raison de retards causés par des problèmes techniques. Ottawa avait déboursé 4,5 milliards de dollars en 2018 pour reprendre ce projet lancé par l’entreprise Kinder Morgan.

Mme Guyon rappelle également que l’ancienne ministre des Finances Chrystia Freeland avait annoncé un prêt supplémentaire de 20 milliards de dollars pour ce projet de pipeline dans le dernier énoncé budgétaire fédéral présenté à la fin de l’année 2024, portant ainsi l’engagement fédéral à plus de 50 milliards de dollars.

Parmi les projets qu’elle aimerait voir passer par le BGP, elle cite en exemple l’idée de lancer un grand chantier de logements abordables et résilients face aux changements climatiques, ou encore des projets en lien avec l’électrification des transports collectifs.

L’intérêt national du Canada ne sera jamais dans des projets qui vont nous tirer vers l’arrière. Choisissons des projets qui, au contraire, vont tirer le Canada vers le haut.

Une citation deAnne-Céline Guyon, de Nature Québec

Le milieu industriel se réjouit

Sans surprise, l’annonce du jour a ravi l’Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP). La création du Bureau des grands projets et la nomination de Dawn Farrell à sa tête constituent des étapes concrètes pour faire du Canada une superpuissance énergétique et envoient un signal positif à l’industrie et aux investisseurs, a indiqué Lisa Baiton, présidente de l’association.

C’est une bonne nouvelle, estime de son côté la PDG de l’Association minière du Québec, Emmanuelle Toussaint. Selon elle, le principal défi de Mme Farrell sera de s’assurer qu’il y a une collaboration entre les provinces et les territoires avec le fédéral, notamment en matière d’évaluation environnementale.

Elle indique que même si le Bureau des grands projets est basé à Calgary, il va y avoir quand même une très grande attention qui va être portée également à l’est du pays, soulignant que le Québec est l’un des principaux joueurs au niveau des minéraux critiques et stratégiques.

C’est ce qu’espère aussi Véronique Proulx, présidente-directrice générale de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ). Le Bureau des grands projets devra servir de levier stratégique pour rendre notre économie plus compétitive et faciliter l’accès de nos entreprises aux marchés interprovinciaux et internationaux. Il faudra s’assurer que le Québec et ses différentes régions en bénéficient pleinement, souligne-t-elle dans un communiqué.

Source: Radio Canada

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