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Le constat brutal qu’a fait le Canada il y a deux mois se répand maintenant comme une traînée de poudre en Europe : les États-Unis ne sont plus un partenaire fiable. Et il n’y aura pas de retour en arrière possible, estime la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly.
Le rapprochement stratégique entre le Canada et le Vieux Continent sur les plans économique et militaire est donc plus que jamais sur les rails dans la foulée de la décision du président des États-Unis, Donald Trump, de déclencher un blitzkrieg tarifaire contre le reste de la planète, a indiqué la cheffe de la diplomatie canadienne dans une entrevue avec La Presse.
De retour au pays vendredi après avoir participé à une réunion de l’OTAN, qui a eu lieu à Bruxelles quelques heures après l’annonce du président d’imposer des droits de douane réciproques, la ministre Mélanie Joly a réaffirmé à ses homologues européens le vif intérêt du Canada de faire partie du projet de réarmement massif de l’Europe, évalué à 800 milliards d’euros d’ici 2030.
« En ce qui nous concerne, il est fondamental de faire partie de ce plan. Les Européens sont maintenant rendus là où nous sommes déjà depuis deux mois environ face aux États-Unis », a affirmé Mme Joly.
Selon la ministre, une entente devrait être conclue « rapidement », soit « dans les prochains mois ». « On ne peut pas aller plus vite que les Européens. Mais ils veulent procéder rapidement. Quand ils vont être prêts, nous, on va être prêts. »
Mélanie Joly a souligné que le mouvement pour s’affranchir des États-Unis sur tous les fronts gagne de nombreux adeptes en Europe.
La relation avec les États-Unis ne sera plus jamais la même. On doit l’accepter et agir en conséquence. Cela vaut autant pour le Canada que pour l’Europe.
Mélanie Joly, ministre des Affaires étrangères
Mercredi, Donald Trump a annoncé des droits de douane minimums de 10 % sur les importations aux États-Unis, le châtiment tarifaire étant beaucoup plus élevé pour les produits provenant de certains pays comme la Chine (34 %) et ceux de l’Union européenne (20 %).
Cette guerre commerciale a provoqué la déroute des marchés boursiers, amplifiée vendredi par la décision de la Chine de répliquer en imposant des droits de douane de 34 % sur les produits américains dès le 10 avril.
« Victime collatérale »
La ministre Joly a dit s’attendre à ce que l’Union européenne réplique à la salve tarifaire des États-Unis. Et le Canada doit éviter à tout prix d’être touché au passage par la riposte européenne en s’assurant de protéger son accès au marché de l’Europe, acquis grâce à l’Accord économique et commercial global conclu en 2017, et qui demeure en application provisoire depuis sa signature.
Nous ne voulons pas être pris entre les deux. C’est pour cette raison que le Canada doit se rapprocher de l’Europe. Car on ne veut pas être une victime collatérale du protectionnisme européen », a-t-elle souligné.
Au début de l’année, le Canada a décidé de cogner à la porte de l’Union européenne afin de participer au projet de réarmement de l’Europe après que Donald Trump eut proféré ses premières menaces d’annexer le pays pour en faire le 51e État américain. Et avec son projet d’investir 800 milliards d’euros (1251 milliards CAN) dans son réarmement, l’Union européenne était un acteur de choix pour un partenariat.
Le mois dernier, la Commission européenne a publié un « livre blanc » sur la défense de l’Europe qui fait d’ailleurs explicitement référence à un partenariat à venir avec le Canada.
S’inspirer du Pentagone
Selon la ministre Joly, le Canada doit se doter d’une capacité industrielle militaire, comme il l’a fait durant la Seconde Guerre mondiale, pour assurer sa défense et sa sécurité et stimuler la recherche et le développement. Aux États-Unis, le gouvernement américain investit massivement dans la recherche et le développement pour soutenir les Forces armées et les fruits de cette innovation sont également utilisés par la suite à des fins civiles.
On doit être capable d’utiliser aussi le ministère de la Défense comme une façon d’investir dans nos PME en matière de recherche et développement, que ce soit dans le domaine de l’intelligence artificielle, dans le domaine manufacturier ou autre.
Mélanie Joly, ministre des Affaires étrangères
« Le Pentagone le fait beaucoup aux États-Unis. Et c’est certainement l’approche que l’on favorise », a-t-elle dit.
À Montréal, nous avons beaucoup de start-up en matière d’intelligence artificielle. Si nous n’arrivons pas à les soutenir, si on ne trouve pas des façons de leur offrir des contrats pour travailler avec notre secteur de la défense, elles vont se faire acheter par des compagnies américaines. C’est pour cela que l’on doit utiliser nos dépenses en matière de défense comme un moteur économique. On va investir dans la défense pour créer des emplois ici », a-t-elle précisé.
Le Québec pourrait tirer avantage de ces nouveaux investissements en matière de défense et du partenariat militaire avec l’Union européenne en raison de son dynamisme dans trois secteurs névralgiques : l’aérospatiale et l’intelligence artificielle, à Montréal, et la construction navale au chantier maritime Davie de Lévis.
Source: la presse