Politique américaine au Moyen-Orient : Les prédictions de Moulay Hicham Alaoui

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5 janvier 2021
Politique américaine au Moyen-Orient : Les prédictions de Moulay Hicham Alaoui

Assahafa.com

Lors d’un webinaire organisé par l’Université de Genève, Moulay Hicham Alaoui, chercheur au Centre des Affaires internationales de l’Université de Harvard, a donné son point de vue sur la politique américaine au Moyen-Orient sous le mandat du futur président américain, Joe Biden. Selon lui, la politique étrangère de Biden obéira à une doctrine de restauration qui s’apparente à un renversement sélectif de quelques aspects de la politique étrangère américaine.

Pour Moulay Hicham, ce constat ne veut pas dire pour autant que Biden va essayer de faire revenir des doctrines ayant régi la politique extérieure américaine par le passé comme l’interventionnisme libéral de Clinton ou le néo-conservatisme de Georges Bush. «A mon avis, la politique étrangère de Biden reviendra à ce que Barack Obama a mis sur pied, à savoir une doctrine de pragmatisme.

Au Moyen-Orient, un tel pragmatisme va relancer les volontés hégémoniques et donner lieu à une domination américaine», assure Moulay Hicham. Cela veut dire que les États-Unis peuvent atteindre certains objectifs unilatéraux quand certains facteurs sont réunis comme le départ de Hosni Moubarak lors du printemps arabe. Cela n’empêchera pas Biden de continuer la politique de retrait américain de la région. «La politique américaine des droits de l’Homme et de la démocratie sera placée sous le signe de la restauration, mais restera, à mon avis, timide car elle n’œuvrera pas tous azimuts pour des réformes démocratiques et des changements dans la région. Elle ne sera pas un avocat actif sur ce plan là. Elle sera symbolique et défendra sûrement certains militants persécutés. Les diplomates américains seront plus actifs dans ce domaine, mais n’iront pas au-delà de certaines limites», prédit Moulay Hicham Alaoui.

C’est dire que les États-Unis ne troqueront pas la stabilité dans la région pour les incertitudes qui viendraient de révolutions arabes :  «Je pense que le printemps arabe est une dynamique permanente, ce n’est pas un évènement. On est encore au milieu de ce processus car le moteur politique, économique et le mécontentement populaire sont toujours là. Il y aura d’autres contractions et d’autres spasmes. Quand cela se produira, Biden tentera de minimiser les engagements américains et de réduire l’instabilité», ajoute-t-il.

Les opportunités de défense de la démocratie seront contrebalancées par la realpolitik. La dynamique israélo-palestinienne est un autre exemple de restauration : Biden annulera l’abandon de la solution des deux Etats et le soutien inconditionnel à Netanyahu, mais ce n’est pas pour autant qu’on abandonnera le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem ou la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan. Biden ne bouleversera pas les équilibres qui favorisent Israël par rapport à la Palestine. Si les normalisations se poursuivent, l’administration Biden applaudira.

Par ailleurs, l’attitude à l’égard des Émirats arabes unis et de l’Arabie Saoudite est un troisième point. Les États-Unis critiqueront l’attitude de ces deux pays au Yémen. Washington ne fermera pas les yeux sur tout.

Un dernier point : l’Iran. Biden a montré son désir de rétablir l’accord nucléaire et de revenir à la table des négociations. Le succès d’un réel engagement dépendra de l’Iran qui réagira à l’assassinat du père du programme nucléaire iranien. Une détente avec l’Iran réduira les tensions dans la région.

Avec la Russie, les États-Unis adopteront une attitude de co-gestion en regardant notamment ailleurs de ce qui se passe en Syrie, par exemple, et dans les autres pays du Moyen-Orient.

Avec la Turquie, il y aura la même logique avec des variantes. Biden cherchera a affaiblir les relations d’Ankara avec la Russie, et essaiera de maintenir la Turquie dans l’OTAN.

Enfin, la Chine est très importante dans la région. Une guerre froide avec la Chine ramènera des tensions dans la région et jettera des bémols sur la démocratie.

En somme, «l’abandon du populisme de Trump constituera un exemple de restauration démocratique, ce qui va injecter plus d’énergie dans l’élan de changement dans la région», conclut Moulay Hicham Alaoui.

Autant dire que la politique étrangère américaine sera pondérée et définie par un certain nombre de constantes. L’héritage Trump sera annulé dans plusieurs volets de la politique étrangère américaine en allant vers plus de realpolitik et plus de pragmatisme.

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