Libye : la ville de Syrte au cœur d’une bataille d’influence

23 juillet 2020
Libye : la ville de Syrte au cœur d’une bataille d’influence

Assahafa.com 

Syrte, ville natale de Kadhafi et verrou stratégique pour l’accès au croissant pétrolier, devient l’enjeu d’une féroce bataille d’influence. Du côté des forces pro-Haftar, l’homme fort de l’est libyen, les paramilitaires du groupe Wagner, la société militaire privée, fondée par l’oligarque russe Evgueni Prigojine, proche du Kremlin, sont en première ligne.

Depuis plus d’un mois, épaulés par des supplétifs syriens, ils ont fortifié la ville avec des systèmes de défense antimissile, des tireurs d’élite et une utilisation massive de mines antipersonnel. À tout moment, les avions stationnés sur la base aérienne d’Al-Joufra, à 250 kilomètres au sud, peuvent leur prêter main-forte.

Le groupe Wagner en première ligne

« Le groupe Wagner a fait l’essentiel du travail, avec le soutien financier et logistique des Émirats arabes unis, pour s’assurer que les forces du Gouvernement d’union nationale (GNA), soutenu par la Turquie, ne puissent pas s’en emparer, explique Jalel Harchaoui, chercheur à l’Institut Clingendael. Lancer une offensive sur Syrte est devenu une décision très lourde à prendre pour Ankara, car le coût de l’opération a été rendu très élevé. »

Pour l’heure, les forces pro-GNA se contentent de renforcer leurs positions sur la ligne de front, à l’ouest de Syrte, tandis qu’Ankara conditionne un cessez-le-feu au retrait des forces pro-Haftar.

En dépit des tensions, le dialogue entre la Turquie et la Russie se poursuit. « La nature à la fois compétitive et coopérative des relations turco-russes va jouer à Syrte et à Al-Joufra, souligne Galip Dalay, chercheur à la Robert Bosch Academy. Concrètement, la Turquie pourrait se montrer ouverte à d’autres options pour la gouvernance de Syrte qu’un contrôle total par les forces pro-GNA. Une administration locale de ces zones, ou la présence d’une force internationale, pourrait être une alternative au contrôle exclusif de la ville par l’un ou l’autre des deux camps. »

L’Égypte menace d’intervenir

Dans ce contexte, le feu vert donné par les députés égyptiens, lundi 20 juillet, à une possible intervention armée en Libye se veut d’abord dissuasif. « L’Égypte pourrait éventuellement occuper une bande de territoire libyen à l’ouest de la frontière égypto-libyenne pour se protéger de la menace turque, affirme Jalel Harchaoui. En revanche, le coût humain et financier d’une intervention à Syrte pour contrer une offensive des forces du GNA aurait un potentiel déstabilisateur pour le gouvernement égyptien. »

Le Caire, déjà confronté à beaucoup de problèmes – la pandémie de coronavirus, la crise économique, une situation critique dans le Sinaï –, se montre prudent.

L’intervention turque marque le pas

Après son succès initial, l’aventure libyenne de Recep Tayyip Erdogan semble donc marquer le pas. L’intervention militaire turque a été décisive pour permettre aux forces du GNA de repousser l’offensive du maréchal Haftar sur Tripoli et de reprendre le contrôle de la Tripolitaine.

Mais Ankara pourrait avoir plus de mal à avancer ses pions dans la bataille pour les gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale. L’accord signé en novembre 2019 avec le gouvernement de Tripoli était censé lui donner accès à une zone économique exclusive au large des côtes libyennes. Or, ce projet n’est pas réalisable sans le contrôle du croissant pétrolier à l’est de Syrte.

Source: Lacroix.com

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